Les chantiers navals à l’emplacement du Musée canadien de l’histoire et du parc Jacques-Cartier

 

Les chantiers navals à l’emplacement du Musée canadien de l’histoire et du parc Jacques-Cartier[1]

Très tôt est apparu un marché pour la construction et la réparation des chalands, des barges, des remorqueurs et des bateaux à vapeur engagés dans le transport du bois en provenance des chantiers de l’Outaouais. En voici l’histoire.

1819 ‑ Si les canots accostent près de la chute des Chaudières, les bateaux plus gros exigent des eaux plus calmes et des installations munies d’équipement. Philemon Wright choisit l’endroit où se trouve aujourd’hui la colonne de séchage (digester) de la E.B. Eddy, donc plus à l’ouest que l’actuel quai, pour construire un quai. Wright écrit à ses fils que l’augmentation de la circulation sur la rivière des Outaouais justifie la construction d’un hôtel ou d’une auberge près du quai des vapeurs.
1820 – Il construit donc un hôtel en bois, le King’s Tavern, près du débarcadère.

1823 – Des bateaux parcourent la rivière depuis près de dix ans, lorsque Philemon Wright met à l’eau son premier bateau, l’Union of Ottawa.

1825 -1840 ‑ Wright ajoute à son hôtel une étable en pierre et une remise pour les calèches et les charrettes.

1829 ‑ Philemon, possède deux autres bateaux à vapeur, le Britannia et le Fox, qui relient régulièrement Hull et Grenville et transportent des passagers et des marchandises et rapportent l’équipement utilisé sur les cages de bois parvenues à Québec.
Du Steamboat Landing, ou Hull Landing, des charrettes et des calèches transportent les voyageurs et le matériel jusqu’au village, situé, lui, près des Chaudières. Le chemin, nommé Britannia, part du quai, emprunte l’actuelle rue Hôtel-de-Ville et la promenade du Portage, et se poursuit jusqu’à Eardley par le chemin d’Aylmer.
1863 ‑ Hannah hérite de son père, Ruggles Wright, l’hôtel de Philemon doté d’une cave de trois mètres de haut et de trois rallonges en pierre sur les côtés. À cette époque un bateau passeur fait aussi la navette entre Hull et Bytown.

1868 – Fondation de la scierie Wright, Batson & Currier. Ils utilisent les anciens bâtiments du débarcadère. Une partie de l’ancien hôtel abrite un atelier de rabotage, une autre sert aux charpentiers et une autre, à l’entreposage de l’huile. L’ancien magasin en pierre abrite les machines à vapeur actionnant les scies du moulin qui lui est accolé. L’ancienne écurie est remplacée par un bâtiment de forme semblable pour l’entreposage du fer. La scierie emploie de 200 à 300 travailleurs, sans compter les hommes chargés du transport du bois.

1878 – Un incendie rase le moulin à scie, mais épargne les autres bâtiments. La scierie ferme.

1880 – Un certain Dennis Murphy, capitaine, qui possédait déjà un remorqueur dans les années 1870, met sur pied la compagnie de transport fluvial D. Murphy and Company, munie d’une flottille de remorqueurs et de barges avec laquelle le capitaine remorque le bois des scieries de la région. Peu après, il achète une petite flottille appartenant à J. R. Booth.

1883 ‑ Ezra Butler Eddy, un entrepreneur américain venu s’établir à Hull en 1854, loue de Hannah Wright les terrains et les bâtiments qu’il reste sur le terrain de la scierie Wright, Batson & Currier, fermée depuis 1878.
Eddy se lance dans la production de pâte à papier et la fabrication de papier. Il achète la propriété qu’il louait et fait construire de nouveaux bâtiments sur ce terrain et à proximité de la chute des Chaudières.

1888 ‑ Eddy construit une usine de pâte chimique au bisulfite. Dotée de quatre lessiveurs horizontaux, elle entre en fonction en décembre 1889. Les anciens bâtiments du débarcadère récupérés de la scierie Wright, Batson & Currier en font désormais partie. Le vieux magasin en pierre abrite, comme auparavant, des chaudières à vapeur. On a ajouté un plancher en brique dans une partie du vieil hôtel, afin d’y installer des fournaises pour le sulfite; le reste du bâtiment sert à l’entreposage du sulfure et d’autres acides, et de l’huile. Quant à l’ancienne écurie, elle sert de remise pour les voitures[2].

1888  – William Bonneau dit Watters loue le terrain des Wright pour y établir en 1888 un chantier maritime

1888 – Construction du 2e quai de Hull, à peu près devant la Maison Charron, le Hull Ship Repairing Yard.
L’augmentation du trafic sur la rivière des Outaouais suscite une forte activité dans le domaine de la construction de barges et de bateaux à vapeur. William Bonneau dit Watters loue le terrain de Nancy Louisa Wright pour y établir un chantier naval.

1892 – Il y a eu, au parc Jacques-Cartier, de très nombreux constructeurs de bateaux, petits entrepreneurs plus ou moins prospères, plus ou moins éphémères. La plupart ont fini par travailler pour le compte des gros entrepreneurs : Alexander Miller, John Rodolphe Booth, John William McRae, Denis Murphy et les Waters, Peter G.,William et Edward.
La plupart des nouveaux constructeurs se sont installés sur les emplacements de leurs prédécesseurs et ont récupéré leurs installations.
Cependant, à compter de 1892-1893, il n’y a plus dans le parc qu’un seul chantier naval, celui de la Ottawa Transportation Company : Denis Murphy, s’associe à cinq autres investisseurs et, après la fusion de quelques constructeurs navals de Hull, l’ensemble des remorqueurs et des chalands à bois de la région passe sous une direction unique. La nouvelle entreprise rassemble 8 remorqueurs et 67 chalands et installe ses bureaux sur le terrain que Nancy Louisa lui loue. Jusqu’en 1941, l’OTC utilise la maison Charron comme bureau ou comme résidence pour ses gardiens ou ses contremaîtres. Jusqu’en 1900, elle dominera le transport fluvial dans la région.

1899 – Les activités de l’OTC mobilisent 72 chalands.

1900 ‑ Le grand feu de Hull détruit une bonne partie des cours à bois. Les profits des scieries chutent brutalement.

1901 – Nancy Louisa Wright meurt et lègue le lot à sa fille, Janet Louisa Scott.
La construction du 3e quai de Hull, dans le parc Jacques-Cartier, à l’est du pont Royal Alexandra, à l’extrémité de la rue Saint-Élizabeth, aujourd’hui Saint-Laurent, se termine. [Photo CRAO]

1902 ‑ Le nombre de chalands de l’OTC descend à 60 et, après la Première Guerre mondiale, l’OTC ne possède plus que 5 remorqueurs et 40 chalands.

1909 – On abandonne le programme de remplacement des vieux chalands. La taille de la flottille diminue. Les beaux jours de la Ottawa Transportation Company sont passés.
Finalement, les chalands les plus gros sont amenés sur le Saint-Laurent et coulés dans le lac Saint-Pierre.
Le charbon et, plus tard, le pétrole sont devenus les deux principaux produits transportés. Puis, le charbon est progressivement remplacé par le pétrole, pompé dans des réservoirs d’entreposage.
Mais la construction d’un pipeline pétrolier à partir de Montréal rend inutiles les chalands sur la rivière des Outaouais.

1912 – Janet Louise Scott vend le site à l’OTC pour 6 000 $.
La Ottawa Transportation Company achète les quatre bateaux à vapeur de transport de marchandises de la Ottawa Forwarding Company. Le transport de carburant en vrac se poursuit encore deux décennies après la fermeture des scieries.

1930 – 1945 – Des réservoirs d’essence, situés au sud de la rue Laurier, à la hauteur du pont Alexandra, alimentent les nombreuses stations-service de l’époque, ainsi que la ville de Hull, de 1930 jusqu’au milieu des années 1940.
Les compagnies pétrolières, Supertest Petroleum, Shell Oil Company of Canada, et British American Oil Company sont propriétaires d’entrepôts installés dans le futur parc Jacques-Cartier. C’est de cet endroit que l’huile et le carburant destinés à des usages domestiques, industriels et commerciaux sont acheminés aux quatre coins de la ville. Ils sont transportés par la Hull Electric sur le même réseau de voies ferrées que celui utilisé pour le transport en commun. Lorsque des wagons ferroviaires, prévus pour voyager sur des rails avec saillie, circulent sur des rails plats de tramways, le bruit est infernal.

1934 – Le chantier naval situé entre le pont interprovincial et la Maison Charron ferme. Spécialisé dans la construction de grosses péniches servant au transport du bois, il a connu plusieurs constructeurs de barges, de chalands et de remorqueurs, mais c’est l’Ottawa Transportation Company qui aura dominé l’industrie de 1892 à 1934.

1938 ‑ Le Plan de la Cité de Hull montre clairement la présence des réservoirs à essence.
Des bateaux-citernes accostent au quai pour le ravitaillement des réservoirs et des entrepôts.

1941 ‑ Malgré des tentatives de diversification, l’OTC, sous la présidence de Charles E. Russell, doit rendre sa charte, et vendre son terrain et la maison Charron à la Commission du district fédéral. Trois facteurs surtout ont contribué à la baisse de production depuis le début du siècle : la diminution de la demande de bois, le Grand Feu de 1900, puis la concurrence ferroviaire dans le domaine du transport du bois et du charbon.

1950 ‑ Le plan Gréber, produit par Jacques Gréber, architecte et urbaniste français, contient des recommandations de travaux d’envergure modifiant profondément le paysage de la région de la capitale nationale.

1958 ‑ La Commission de la capitale nationale est créée.

1965 – Les réservoirs de pétrole sont retirés. Ils ont été utilisés jusqu’en 1964.

1965 –Le pont Macdonald-Cartier qui relie Hull et Ottawa est inauguré le 15 octobre.

1968 – 1973 ‑ Un bateau-théâtre est amarré au quai de Hull. L’Arthur Cardin, construit par la Marine Industries en 1951 pour servir de traversier entre Sorel et entre Berthier, porte maintenant le nom de L’Escale. Hélas à l’été 1973, L’Escale est la proie des flammes à la suite d’un incendie déclenché accidentellement par un employé. Il ne s’agit pas d’un incendie majeur, mais le gouvernement du Québec le met néanmoins en vente.

2014 ‑ Le Secrétariat du Conseil du Trésor reçoit un rapport qu’il a commandé sur la contamination du parc Jacques-Cartier à Hull, Évaluation du parc Jacques Cartier nord – au sud du pont MacDonald-Cartier 2013 – 2014. Le rapport confirme la présence de contaminants, métaux, métalloïdes et organométalliques, dans le sol. Aucune mesure n’est recommandée.

2017 – Le parc Jacques-Cartier accueillera les Mosaïcultures à l’occasion des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne.

***

[1] Il y eu aussi de la construction navale sur la rive sud de la rivière des Outaouais, mais de moindre envergure, et le présent article ne traite que des activités sur la rive nord.

[2] http://www.historymuseum.ca/cmc/exhibitions/hist/hull/rw_74_if.shtml

 

Auteure : Louise S. Dumoulin